Le tétanos... et la première guerre mondiale

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Le tétanos... et la première guerre mondiale

Message  David.H le Mer 23 Mai 2012 - 11:28

Bonjour,


La maladie du tétanos existe depuis bien longtemps, Hippocrate (460-377 avant J.-C.) la connaissait déjà, mais, beaucoup l'ignore, en France elle s'est surtout répendue suite à la première guerre mondiale. En effet, la bactérie Clostridium tetani peut vivre et proliférer dans le système digestif des équidés. Souvent le cheval sera porteur sain mais pourra contaminer le sol avec ses déjections. Lors de la première guerre mondiale environs 8 millions de chevaux auront participés au conflit que cela soit dans la cavalerie mais surtout pour le déplacement de l'artillerie et des approvisionnements.
http://ispb.univ-lyon1.fr/liens/lyon-pharma/lyon1-01/PDF/tetanos.pdf

La présence particulièrement fréquente et relativement abondante de C. tetani dans le tube digestif du cheval est étroitement associée à la contamination du sol par les excréments de ces animaux ; le germe y persiste alors longtemps sous forme de spores (23). Les équidés ingèrent ces spores qui vont alors germer pour donner naissance à des formes végétatives ; il y a ensuite une multiplication de ces bactéries dans leur tube digestif sans entraîner aucun accident ni inconvénient (10).

C'est donc dans les régions à forte densité équine que la terre est particulièrement riche en spores tétaniques (10). Certains sites sont connus comme étant particulièrement tétanigènes ; c'est le cas des emplacements d'écuries et des champs de courses (23), mais également certaines contrées comme la région de Varreddes (Seine-et-Marne) où, lors de la première Guerre Mondiale 1914-1918, de très nombreux chevaux furent utilisés pour déplacer les canons ; cette contrée avait fini par devenir une vaste terre très tétanifère (10). C'est également le cas des terres de Clamart (Hauts-de-Seine) et les sols des champs de bataille de Champagne et de basse Normandie, fortement contaminés lors de la Grande Guerre (23). La terre en Lorraine est particulièrement riche en spores tétaniques puisque 65% des prélèvements effectués dans la région se révélèrent positifs (18). Au siècle passé, il y avait dans les environs de Paris des "régions à tétanos" comme Saint-Denis, Noisy-le-Sec, Aubervilliers. Le cas singulièrement significatif d'un vétérinaire à Aubervilliers est cité à ce sujet puisque celui-ci, à lui seul, avait observé et traité 30 à 40 chevaux tétaniques chaque année et ceci pendant 15 ans (45). En agriculture, l'utilisation de fumier dans les sols cultivés et "fumés" selon l'ancienne méthode, a eu pour conséquence d'enrichir ces terres en spores tétaniques d'où la notion de "terres tétanigènes" (58).

A densités de spores équivalentes, il semblerait que les terres calcaires se révèlent davantage dangereuses en raison du rôle d'adjuvant local de l'ion calcium après pénétration des spores dans le tissu lors d'une blessure, même minime, d'une piqûre par épine, ou d'une excoriation cutanée superficielle (10,58). Les agriculteurs, cultivateurs, jardiniers, palefreniers, ... sont donc particulièrement exposés au tétanos (23).

C. tetani peut encore être retrouvé dans l'air, sur les poussières, sur les vêtements et même sur du matériel médico-chirurgical ou produits pharmaceutiques (plâtre, gélatine, catgut, coton, poudre de talc) et des cosmétiques (10,16,44,58). Les eaux peuvent contenir, par l'intermédiaire du sol et/ou l'air contaminé, des spores tétaniques ; la vase de certaines mers et de certains marais peut devenir ainsi tétanigène (16). Des spores tétaniques ont également été mises en évidence sur des projectiles de guerre et sur les bourres de feutre des cartouches de chasse (10).

[...]

L'histoire clinique du tétanos ne se précise qu'avec les travaux de Bajon, de Heurteloup et surtout de Dominique Larrey (Baron Larrey [1766-1842])(Fig. 4), chirurgien en chef de la Grande Armée d'Empire (10,44). Ce sont effectivement les guerres dont celle de Succession d'Autriche (1740-1748), celles de l'Empire et particulièrement les batailles d'Iéna, de Bautzen, de Dresde et de Waterloo, la Campagne d'Algérie (expédition de Constantine 1836-1837) et celle d'Italie (Brescia 1859), la guerre franco-allemande de 1870-1871 et, plus encore, la Première Guerre Mondiale 1914-1918 qui ont révélé une multiplication des cas de tétanos et des infections tétaniques. Elles ont contribué à élucider un certain nombre d'inconnues étiologiques, épidémiques et pathogéniques et ont amélioré les connaissances de la maladie (10,23,44,63).



LES ENSEIGNEMENTS DE LA GUERRE

C'est à la faveur des poussées brutales et très importantes du nombre de cas de tétanos chez les soldats blessés présentant des plaies occasionnées par des armes dites "blanches" et les projectiles d'armes à feu ou encore les éclats d'obus lors des grandes guerres des XIXe et XXe siècles, que certaines observations importantes ont pu être faites et qu'une partie des connaissances de la maladie se sont dégagées (10).

Lors des guerres napoléoniennes, Dominique Larrey* (Fig. 4) qui eut l'occasion d'observer une multitude de cas de tétanos, décrivit dans ce contexte de guerre une forme d'atteinte qui allait par la suite porter son nom : "le tétanos droit de Larrey" (= orthotonos) (10). Dans ses "Mémoires de médecine militaire et de campagne", le célèbre chirurgien-en-chef de la Grande Armée décrivit encore une autre forme particulière de tétanos, le "tétanos dysphagique" dont le spasme pharyngien constitue la principale manifestation (10,13).

Lorsque, plus tard, le sérum antitétanique fut produit en 1893, c'est encore lors de faits de guerre qu'il est apparu que son utilisation dans les plus brefs délais après la survenue de blessures est favorable et bénéfique alors que les injections tardives se révélèrent d'une très faible efficacité (10). C'est surtout la vaccination antitétanique prophylactique appliquée dans les armées au moment des hostilités qui a montré que celle ci, et elle seule, était la seule solution au problème du tétanos posttraumatique.

Lors de la Première Guerre Mondiale 1914-1918, 2 000 cas de tétanos avaient été signalés au cours des années 1914 et 1915 dans l'armée allemande du frond de l'ouest ; au cours des premiers mois de cette Guerre, 32 soldats sur 1 000 blessés moururent de tétanos dans l'armée britannique (57).

Après l'instauration de la vaccination antitétanique dans les deux camps, seulement 4 combattants sur 10 000 blessés allemands moururent de tétanos en 1918.

Depuis la Grande Guerre 1914-1918, la vaccination antitétanique a été instaurée dans toutes les armées du monde. Le résultat en a été tout simplement extraordinaire comme le montrent les données suivantes : lors de la Deuxième Guerre Mondiale (1940-1945), des mesures prophylactiques rigoureuses avaient été instaurées et les soldats de l'armée des États-Unis avaient été soigneusement vaccinés ; aussi, sur les 2 734 819 combattants blessés, seulement 12 cas de tétanos furent observés dont 5 connurent une issue fatale (0,44/100 000) contre 70 cas de tétanos sur 520 000 blessés (13,4/100 000) au cours de la Première Guerre Mondiale (32,37). Le résultat est encore plus éloquent quand on compare les données relevées au cours de la guerre civile américaine (1861-1865) au cours de laquelle 505 cas de tétanos furent notifiés parmi les 280 000 soldats blessés (32,37).

Ces chiffres montrent à l'évidence l'intérêt de la vaccination et l'efficacité de sa protection.


Tétanos : le vaccin négligé
Le tétanos tue encore en France. L'efficacité du vaccin n'est pas en cause, mais sa pratique. Une étude réalisée à Strasbourg indique que près d'un tiers au moins de la population n'est pas correctement vacciné… et donc pas protégé contre cette maladie pourtant mortelle.

La proportion de personnes protégées avec certitude décroissait régulièrement avec l'âge, passant de 76 % pour les moins de 18 ans, à 70 % pour les 19-28 ans, 47 % pour les 39-48 ans et 45 % pour les 49-58 ans, ce qui laisse supposer que seule une petite minorité des plus âgés sont correctement vaccinés.

Pour info, la durée de ce vaccin est de 10 ans (que ce soit après une vaccination initiale par 3 doses de vaccin injectable, ou par un rappel unique ayant suivi cette vaccination initiale, et ce, après un délai quelconque, même de plusieurs années voire dizaines d'années).

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